PAYSAGES

Mes peintures de paysage sont les visions fugitives d’un crépuscule solitaire. Elles fixent des états spirituels induits par un lieu, une saison, les intempéries, l’heure. Elles tentent de saisir ces moments fuyants où les formes changent et la nature devient étrangement irréelle, où l’espace à la fois s’aplanit et s’approfondit, où le passage du temps se fait simultanéement plus rapide et plus lent. Ces images planent à la frontière du rève et de la réalité, de la clarté et de l’énigme, entre matière et lumière. En mariant ces forces apparemment irréconciliables, je cherche à créer une étrange et mystérieuse beauté au sens caché.

Je me sens apparenté aux symbolistes Européens et Américains: Whislter, Blakelock, Inness, Balthus, Hammershoi, Klimt, Kahn.

David Loeb

UN VISIONAIRE REALISTE AMERICAIN

pour l’exposition NIGHT & DAY
Galerie Beckel-Odille-Boïcos, Paris, 2010

L’exposition NIGHT & DAY révèle les dernières évolutions de l’oeuvre conséquente de David Loeb, artiste américain qui pratique la peinture et le dessin figuratifs depuis sa jeunesse dans les années 1970. Depuis ses débuts, Loeb s’est concentré sur trois genres principaux de l’art figuratif: la nature morte, le portrait, le paysage – et sur un quatrième genre, une forme de peinture allégorique et symboliste enracinée dans l’art de la fin du 19ème siècle. Night and Day explore les deux derniers genres.

L’atmosphère des paysages trahit certainement l’expérience d’événements, parfois douloureux, de la vie personnelle de l’artiste, comme la mort de sa mère survenue récemment. Leur style, en revanche, prend ses racines dans la formation de l’artiste et dans sa connaissance approfondie des grands courants du paysagisme américain. L’aspect romantique des paysages de Loeb est inspiré comme, il le souligne luimême, par l’art mélancolique du peintre américain Ralph Albert Blakelock (1847-1919) mais aussi, d’une façon plus large de l’art visionnaire des paysagistes de la Hudson River School du 19ème siècle, notamment George Inness, et des paysages solitaires et lumineux de Edward Hopper au 20ème siècle. La rigueur et la précision de son style en peinture à l’huile et en pastel doivent aussi beaucoup à sa formation américaine. Son sens de l’observation, la précision de son trait et la sous-structure linéaire de ses compositions pourraient surprendre un français plus habitué à l’approche décousue et intuitive de la manière impressionniste. La délicatesse de la lumière, les surfaces mattes des toiles, ainsi que les aspects plus atmosphériques de certains paysages doivent néanmoins beaucoup à la connaissance de Loeb de l’art, des paysages, et de la lumière de France. La luminosité douce du parc de Fontainebleau, la rigueur des fallaises du Jura, et sa connaissance des peintres post-impressionistes et symbolistes comme Seurat, Vuillard, Bonnard, Klimt et Balthus sont apparents dans de nombreuses oeuvres de la présente exposition.

Les deux principales toiles allégoriques de l’exposition, Blue Moon Muse et Artist and Muses peuvent être liées à l’art symboliste européen. Le calme et la douce mélancolie de ces compositions rappellent peut-être plus les maîtres nordiques, comme Whistler et le Danois Hammershøi, mais le rendu ferme et sensuel des nus féminins les rattachent aussi à la tradition française.

Une authentique sensibilité émotive alliée à un style rigoureux et réfléchi font des oeuvres de cette exposition un ensemble tout à fait exceptionnel. Dans “Night and Day,” l’art de David Loeb atteint un niveau de profondeur et de maturité qui sont le résultat de l’âge, de l’expérience de la vie, et d’une véritable vocation artistique.

Christophe Boïcos

NUIT ET JOUR, DE BLAKELOCK A LOVELOCK

J’ai rencontré les paysages nocturnes du peintre américain Ralph Albert Blakelock (1847-1919) pour la première fois à l’exposition rétrospective de la National Academy à New York en 2008. Son monde crépusculaire m’a semblé étrangement familier. Blakelock m’attira plus profondément vers la nuit.

Les œuvres de cette exposition représentent un passage de l’obscurité à la lumière. Le réalisme et la rigueur des paysages diurnes du parc de Fontainebleau peuvent paraître opposés à l’atmosphère sombre et romantique des nocturnes ou des tableaux de personnages allégoriques. Les deux sont en fait complémentaires. Une influence importante sur ces œuvres est celle des idées du scientifique de l’environnement anglais James E. Lovelock (né en 1919, l’année de la mort de Blakelock). Sa théorie principale qu’il appelle «Gaia» présente la terre comme un organisme qui s’autorégule s’adaptant constamment pour assurer sa propre survie, même si celle-ci implique la disparition de l’être humain. Pour moi, Lovelock et Blakelock symbolisent des pôles opposés. Lovelock représente la rationalité et la lumière du jour, l’observation empirique et l’invention. Blakelock évoque la nuit, les rêves, la révélation.

Le passage de la nuit au jour me fascine tout particulièrement – le moment fatidique ou tout se transforme et paraît étrangement réel et rempli de sens. L’espace s’aplatit et s’approfondit. L’écoulement du temps s’accélère et soudainement se fige. Il ne fait ni jour ni nuit. Mon parti pris est de réconcilier les forces antagonistes à tous les niveaux pour ouvrir de nouveaux horizons.

David Loeb

PORTRAITURE 1981-2009

Le portrait est l’un des sujets les plus anciens et les plus difficiles dans l’art. Sa complexité est inhérente à ses différentes fonctions. Un portrait doit donner une bonne ressemblance du personnage, mais aussi définir son status social (au travers de l’attitude et du costume), son propre sens de soi-même, mais aussi l’image qu’il veut projeter vers les autres. Depuis le XIXeme siècle, le portrait moderne doit aussi révéler la personnalité et le tempérament, ce qui lui confère de surcroît une dimension psychologique. Enfin, le portrait peint doit, afin de séduire le spectateur et décorer l’ espace, fonctionner comme oeuvre d’art. Pour être une oeuvre d’art, il doit satisfaire à la fois l’artiste et le client.

David Loeb accomplit magnifquement toutes ces demandes. Dans le portrait de famille des Beaulieu Peterson par exemple (2001) la classe sociale est transcrite par l’ élégance des costumes et par la profondeur lumineuse des noirs qui confère poids et richesse au portrait. La place de chaque personne au sein de la famille est symbolisée par son positionnement dans l’espace. C’est avec un air amusé et spirituel qui reflète sa vive personnalité que Jim Peterson occupe la position dominante du père de famille traditionnel. Kat Beaulieu, l’expression plus grave, est à la fois l’ancre de la famille et de la composition et est visuellement connectée à sa fille agenouillée entre eux deux. Julie est placée sous l’autorité des parents mais relève la tête dans une attitude plus dynamique que celle de ses parents. Sa jeune énergie, l’ âge de transition entre enfance et adolescence se révèlent dans la pose instable et la tête tournée de façon imprévisible. Dans ce portrait de famille, David Loeb définit aussi bien chaque membre de la famille individuellement que les liens sociaux et psychologiques entre eux et les dynamiques spécifiques au trio familial.

Loeb adapte son style, choisissant couleurs et motifs spécifiquement en accord avec chaque sujet. Dans le portrait des Rassmussens (2005) l’ histoire d’une romance tardive et d’ un second marriage est refletée par le velouté des roses rouges, le drame et la passion, par le contraste du rouge et du noir, le lieu, Los Angeles, par les tenues brillantes et les attitudes légèrement théâtrales du couple. Le portrait de la famille Simonard (2006) avec ses couleurs froides, sa toile de fond Renaissance et sa symétrie stricte, crée un effet plus conventionnel, plus approprié à l’ image d’une famille Française bourgeoise. Au centre, Beaudoin Simonard prend naturellement la place dominante du patriarche, son autorité soulignée par sa cravate rouge. Bien qu’assise, en robe de soirée rouge, Stéphanie Simonard, juriste Américaine en exercice, rivalise d importance avec son mari. L’expression assurée, la force équivalente du rouge et sa masse imposante mettent en évidence sa positon.

Malgré les différences entre les personnages et les situations, tous les portraits sont clairement marqués par le style de l’artiste, les transforment en véritables oeuvres d’art. Les compositions méticuleuses, les couleurs riches, les matières et les motifs complexes se retrouvent dans les natures mortes de l’ artiste. Les références subtiles à l’histoire de l’ art et le symbolisme soigneusement analysé enrichissent encore les portraits. L’annonciation de Simone Martini dans le portrait de Kat Beaulieu fait allusion à sa foi Catholique. Derrière Kathleen Rasmussen, le vase Grec orné d’ un cygne évoque la qualité sensuelle et bachique de sa relation avec son mari. Dans le portrait de sa propre famille (Famille I, 1995), Loeb fait référence à ses maîtres favoris, Velasquez, Van Eyck, Balthus, et s’affirme aussi dans son identité et sa vocation artistique. Sa femme, ses enfants et sa propre réflection dans le miroir semble suspendus dans la lumière poudreuse de la peinture comme dans un rêve. Poésie et mystère accentuent leur présence et suspendent le temps.

Méticuleuse élaboration intellectuelle et symbolique, solide costruction visuelle et riches surfaces picturales définissent les portraits de David Loeb. Bien que les gens et les situations qu’il représente soient tous des contemporains, les peintures elles-même exudent le mystère et l’ intemporel du grand art.

Christophe Boïcos

NATURE MORTE

pour l’exposition STILL LIVES, PASTELS BY DAVID LOEB
Jennifer Norback Fine Art, Chicago, 2011

Les natures mortes de David Loeb, construites avec une géométrie rigoureuse, révèlent aussi une sensibilité exquise de la lumière. Ce sont des peintures intimes élaborées dans l’espace méditatif de l’atelier d’artiste. Elles mettent en scène une grande variété d’objets, de surfaces et de matériaux rendus méticuleusement: tissus, porcelaine, métal, pétales de fleurs, feuilles, pierres, écailles de poissons ou plumes. Les objets choisis pour leur forme et leur beauté, certains évoquant le masculinité, d’autres la féminité, deviennent acteurs d’ un drame secret et symboliste avec des sens dérobés, des allusions et des humeurs subtiles. Leur charactère symbolique donne une vie et une présence mystérieuse aux natures mortes.

La technique de pastel de David Loeb est particulièrement impressionante. Le pastel n’est utilisé que rarement dans l’art contemporain. Sa délicatesse et sa luminosité douce et poudreuse donne à ses natures mortes une réverbération qui accentue leur caractère onirique. Parlant de son travail, l’artiste dit: “L’ aspect apparement conventionnel de la nature morte masque un monde de paradoxes et de métaphores. Les peintures explorent le monde fuyant de forces opposées: densité et apesenteur, platitude et espace, éphémère et intemporel, vide et humanité.”

Christophe Boïcos